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A propos

Elaborer une programmation cinématographique annuelle en espagnol est toujours un exercice périlleux tant il demande de réflexion sur les équilibres à préserver entre les pays de langue espagnole, les thèmes à traiter pour qu’ils s’inscrivent dans les programmes culturels de langue et bien entendu l’intérêt cinématographique, critère premier entre tous…

La programmation 2017-2018 offre une ouverture sur l’Espagne et six pays d’Amérique Latine (Argentine, Chili, Colombie, Cuba, Mexique, Pérou) faisant la part belle au Chili, représenté cette année par cinq films. Hasard de la programmation? Pas tout à fait dans la mesure où le Chili, aux abonnés absents du 7ème art pendant 40 ans, connaît depuis quelques années, un vrai renouveau de son cinéma d’auteur.

La nationalité des films (de moins en moins « nationale » compte tenu des co-productions) n’est évidemment pas le seul critère de sélection des films. Ce sont plutôt les thématiques des films exploitables en classe ainsi que la représentation cinématographique de l’enfance et de l’adolescence qui nous ont guidé dans nos choix et qui constituent les lignes de force de la programmation.

Cette année, la problématique de l’adolescence est un fil rouge important dans la mesure où plusieurs films mettent en scène des jeunes confrontés à leur réalité et devenir. Mala Junta, La educación del rey et El soñador s’inscrivent dans la droite ligne du cinéma latinoaméricain inspiré par la délinquance juvénile et la violence urbaine dont le précurseur reste l’inégalable Los olvidados. La misère sociale et affective traverse ces fictions et donne à voir un âge où tout est possible et où les destins individuels peuvent encore basculer dans un sens ou dans un autre en fonction des bonnes ou mauvaises influences.

Mais l’adolescence, période de construction de l’identité, est aussi celle de la rébellion et de la remise en question de l’ordre établi par les générations précédentes. Nieri, le jeune indien huichol du film El sueño del Mara’akame, refuse de se conformer au destin de chaman que son père lui a tracé. Manena dans L’été des poissons volants, rejette peu à peu l’ordre social représenté par son père…Chemin initiatique, prise de conscience…C’est aussi ce que vit Alma dans L’olivier, elle qui, à la façon de Don Quichotte, part en guerre contre les multinationales, portée par un engagement sans faille, à toute épreuve. Dans un contexte culturel radicalement différent, nos élèves se reconnaîtront sans doute dans ces conflits intergénérationnels et ces révoltes, essentiels pour leur construction d’adultes autonomes.

Autre ligne directrice, L’art de vivre ensemble…Les deux films Rara et Gente de bien décrivent chacun à leur manière la difficulté d’une cohabitation sociale harmonieuse. Avec finesse et habilité, Pepa San Martin montre dans Rara comment la petite Sara découvre sa différence et l’intolérance dont sa mère et sa compagne font l’objet. Gente de bien illustre l’irréconciliable fossé qui continue d’exister entre l’oligarchie chilienne et les gens « de peu ». Les préjugés sociaux et sexuels ont la vie dure et on peut souhaiter qu’en débattre en classe soit un premier pas vers l’apprentissage de la tolérance.

D’autre part plusieurs films ouvrent sur des problématiques plus spécifiquement latinoaméricaines. Difficile de programmer des films chiliens sans que ne soit abordé le « conflit mapuche ». L’été des poissons volants et Mala Junta font tous deux état de la discrimination dont les indiens mapuches font l’objet, mettant en avant la violence de la répression policière face à leurs revendications.
Les dictatures latinoaméricaines restent un thème récurrent du cinéma argentin et chilien. Il eut donc été dommage de ne pas profiter de la récente restauration du film L’histoire officielle, grand classique s’il en est – pour le programmer et donner ainsi à nos élèves l’occasion de voir le film sur grand écran. Le film chilien Mariana-Los perros complètera l’approche de cette thématique et permettra de s’interroger sur l’après dictature et les traces sournoises qu’elle a laissé dans la société.

Enfin, ceux qui souhaitent faire découvrir à leurs élèves le travail cinématographique d’un réalisateur en particulier pourront le faire avec la réalisatrice chilienne Marcela Said. La programmation de son premier long-métrage, L’été des poissons volants et la sortie de son prochain film Mariana-Los Perros leur en donnera l’occasion.

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