Vivaldi et moi
(Primavera), de Damiano Michieletto, avec Tecla Insolia, Michele Riondino, Andrea Pennacchi, Fabrizia Sacchi, Valentina Bellè, Stefano Accorsi, Italie / France, 2026, 1h51
Synopsis
Au début du XVIIIᵉ siècle, l’Ospedale della Pietà à Venise recueille et forme de jeunes orphelines à la musique. Dissimulées au public, souvent masquées ou derrière une grille, l’orchestre de jeunes filles se produit pour les riches mécènes de l’institution. Cécilia, 20 ans, y excelle en tant que violoniste. Jusqu’au jour où l’arrivée d’un nouveau maître de musique, Antonio Vivaldi, vient bousculer sa vie et celle de l’Ospedale.
Avis Cinélangues
La rigueur et l’excellence affichées par l’Ospedale servent une réalité plus âpre : les jeunes filles doivent jouer en se dissimulant derrière une grille, dans l’église, ou le visage caché sous un masque, à l’extérieur, car elles ne peuvent quitter l’orphelinat qu’au bras d’un mari qui les aura choisies et payées, ainsi qu’au renoncement à la musique. Le gouverneur de l’orphelinat tire d’ailleurs l’essentiel de ses revenus de ces unions arrangées des pensionnaires à de vieux veufs ou officiers de retour de la guerre. Leur talent est au service d’un système où l’art se mêle étroitement au contrôle social et à la hiérarchie économique.
Cécilia, vingt ans, en a pleinement conscience : son avenir et la reconnaissance qu’elle peut espérer ne dépendent que peu de sa virtuosité, mais surtout de ce que l’institution et ses mécènes consentiront à lui accorder.
L’arrivée d’Antonio Vivaldi, malade et financièrement aux abois, comme nouveau maître de musique, va bouleverser la vie de la jeune femme. Vivaldi prend Cécilia sous son aile lorsqu’il se rend compte qu’elle joue par pure passion : « Tu hai qualcosa che le altre non hanno. Tu non suoni per essere laudata. »
Le contact avec les œuvres de Vivaldi, audacieuses et novatrices, révèle en Cécilia une force insoupçonnée. La musique devient une source d’énergie vitale et une voie d’émancipation pour Cecilia, que l’étonnante Tecla Insolia incarne avec une expressivité exceptionnelle. Elle prend peu à peu conscience de sa force intérieure, découvrant à la fois l’ampleur de son talent et les prémices d’une liberté nouvelle qu’elle se révèle prête à assumer entièrement : « Ho perso tutto ma sono libera d’inventarmi la mia vita. »
Première réalisation cinématographique de Damiano Michieletto, metteur en scène d’opéra de notoriété internationale, de la Scala au Royal Opera House ou au palais Garnier, le film charme par sa délicatesse visuelle et sa conception raffinée, mais aussi par la fermeté avec laquelle il soutient la cause féminine. En mélomane averti et respectueux de la musique, le réalisateur dépasse largement le cadre archiconnu des « Quatre saisons » pour nous dévoiler d’autres magnifiques partitions du compositeur.
Les professeurs fidèles à Cinélangues se souviendront sans aucun doute du film « Gloria ! » de Margherita Vicario, programmé durant l’année scolaire 2024-2025, qui se penche sur le même sujet.
Public conseillé : Lycée
Eléments du programme :
Seconde
- Axe 1 – La création et le rapport aux arts (place de l’art dans le quotidien, émotion, plaisir esthétique)
1ère – Terminale
- Axe 1 – Art et pouvoir (liberté de création, dépendance de l’artiste, la place des femmes dans l’art)
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